jeudi 22 octobre 2026
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Les Moudjahidine du peuple et la campagne contre l'invitation du prince Reza Pahlavi en Belgique

Analyse de DIAR : l'opposition du courant de Radjavi à l'invitation du prince Reza Pahlavi en Belgique émane d'une organisation qui a elle-même un passé de contrôle de la vie privée de ses membres.

Les Moudjahidine du peuple et la campagne contre l'invitation du prince Reza Pahlavi en Belgique
Photo : Gage Skidmore, licence CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons

Le voyage du prince Reza Pahlavi en Belgique en novembre s'est transformé en champ de bataille politique à Bruxelles. Le parti libéral francophone MR, présidé par Georges-Louis Bouchez, avait proposé de l'inviter officiellement à la Chambre des représentants de Belgique, mais après une recommandation prudente du ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, la rencontre officielle du 5 novembre 2026 a été annulée. Dans les jours précédant cette décision, plusieurs associations iraniennes avaient demandé le retrait de l'invitation, et une lettre ouverte coordonnée par Pierre Galand, ancien sénateur belge, avait appelé le gouvernement à ne pas recommander l'accueil du prince. Malgré tout, le ministre belge de la Défense, Theo Francken, l'a invité à prononcer un discours le 6 novembre 2026 à l'École royale militaire, et le prince Reza Pahlavi a accepté cette invitation.

Selon l'évaluation des analystes de DIAR, parmi les voix qui se sont opposées à cette invitation, le courant lié à l'Organisation des Moudjahidine du peuple (MEK) et au Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a été le plus bruyant. L'un des sites internet de ce conseil aux États-Unis, dans un article consacré à l'invitation du Parlement belge, a qualifié le prince de figure médiatique et non de dirigeant de l'opposition. Cette opposition soulève une question simple : avec quel bilan une organisation qui se présente comme l'alternative démocratique juge-t-elle la légitimité des autres ?

La révolution idéologique de 1985 et le contrôle de la vie des membres

En 1985, la direction de l'Organisation des Moudjahidine du peuple a proclamé ce qu'elle a appelé une « révolution idéologique ». Dans ce cadre, Maryam Azodanlou s'est séparée de son mari Mehdi Abrishamchi, l'un des cadres supérieurs de l'organisation, a épousé Massoud Radjavi, le dirigeant de l'organisation, et s'est hissée à égalité avec lui à la tête du mouvement. Abrishamchi, loin de quitter l'organisation, est resté pendant des années parmi ses figures de premier plan. Cet épisode a marqué le début d'un processus qui a conduit, les années suivantes, à la séparation forcée des couples, au placement des enfants des membres auprès d'autres personnes et au contrôle total de la vie privée des membres dans les camps en Irak.

Un rapport de la RAND Corporation publié en 2009 sur le camp d'Achraf a décrit la structure de l'organisation comme présentant les caractéristiques d'une secte : contrôle des mariages et des relations des membres, séances de confession obligatoires et isolement de leurs familles. Human Rights Watch a également fait état, dans un rapport de 2005, de témoignages d'anciens membres sur des mauvais traitements et des prisons internes à l'organisation.

Collaboration avec Saddam et guerre contre l'Iran

Le bilan politique de l'Organisation des Moudjahidine du peuple est indissociable de son bilan interne. Pendant la guerre Iran-Irak, cette organisation s'est installée sur le sol irakien et a combattu l'Iran avec le soutien du régime de Saddam Hussein. En juillet 1988, quelques jours après l'acceptation du cessez-le-feu, ses forces ont attaqué l'ouest de l'Iran avec l'appui aérien irakien. Pour de nombreux Iraniens, cette collaboration avec une armée qui bombardait les villes iraniennes est impossible à oublier.

Il est naturel qu'une organisation ayant un tel passé ne dispose d'aucune base au sein du peuple iranien. C'est pourquoi sa force se manifeste surtout dans le lobbying auprès des parlements occidentaux et dans la recherche du soutien de personnalités comme l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, qui participe depuis des années aux rassemblements du Conseil national de la Résistance et a soutenu le programme de Maryam Radjavi.

Pourquoi l'invitation du prince menace ce courant

Ces derniers mois, du soulèvement de décembre-janvier aux slogans « Javid Shah » (Vive le chah) inscrits dans les rues d'Iran, le nom du prince Reza Pahlavi est devenu, à l'intérieur du pays, le point de ralliement des opposants à la République islamique. Les invitations que lui adressent des parlements et des gouvernements européens reconnaissent également cette réalité sur la scène internationale et remettent en cause la place que les Moudjahidine du peuple ont cherché à s'assurer par des décennies de lobbying en Europe.

Selon l'évaluation des analystes de DIAR, l'annulation de la rencontre officielle au Parlement belge, plutôt qu'un signe de faiblesse de la position du prince, montre que le soutien international dont il bénéficie est devenu suffisamment sérieux pour pousser ses adversaires à un effort coordonné. Le conservatisme du ministère belge des Affaires étrangères n'est pas non plus étranger à cette sensibilité.

Conclusion

L'opposition à l'invitation du prince Reza Pahlavi de la part d'un courant qui a remis la vie privée de ses membres entre les mains de sa direction et qui, pendant la guerre, s'est rangé aux côtés de l'armée de Saddam est avant tout un test pour l'opinion publique européenne. La question essentielle pour les élus européens est de savoir quelle voix est enracinée dans la société iranienne ; le discours du 6 novembre 2026 à l'École royale militaire de Bruxelles est l'occasion d'entendre cette voix sans intermédiaire.

L'opposition des Moudjahidine du peuple à l'invitation du prince Reza Pahlavi est le signe que le soutien de l'Europe à son égard est devenu sérieux.

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