Paolo Ardoino, directeur général de Tether, a affirmé lundi 19 octobre 2026, dans un message sur X, que le blocage par l'entreprise d'adresses liées à la République islamique avait réduit de 94 % le volume des transactions en stablecoins liées au pouvoir. Cette affirmation répond à un rapport de la sous-commission permanente d'enquête du Sénat américain, qui plaçait Tether (USDT) au cœur du réseau bancaire parallèle de la République islamique pour contourner les sanctions.
Ardoino a écrit que l'analyse de Richard Blumenthal, sénateur démocrate et membre principal de la sous-commission, ignorait que depuis 2023 Tether bloque ces adresses en moyenne quatre semaines avant l'annonce des sanctions par l'Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Trésor américain et par le Bureau national israélien de lutte contre le financement du terrorisme. Tether n'a toutefois pas publié les données étayant le chiffre de 94 % et n'a pas précisé sur quelle période ni par rapport à quelle base cette baisse a été mesurée ; l'affirmation ne peut donc pas être vérifiée de manière indépendante.
Le rapport du Sénat sur Tether et les sanctions contre la République islamique
Le rapport « Lié au terrorisme », que des experts démocrates de la sous-commission d'enquête du Sénat ont publié le 28 septembre, a examiné 846 portefeuilles sanctionnés ou visés par une saisie entre mai-juin 2021 et juillet-août 2026 en raison de liens avec la République islamique et ses groupes supplétifs. Selon le rapport, 84 % de ces portefeuilles n'ont effectué des transactions qu'en Tether, ou presque. Blumenthal a transmis les conclusions aux départements américains du Trésor et de la Justice pour examen.
Le rapport du Sénat reconnaît que depuis fin 2023 Tether a réagi aux sanctions « dans certains cas », mais juge cet effort inégal et discontinu. Un exemple cité dans le rapport est celui de Tawfiq Muhammad Saeed al-Law, l'un des financiers du Hezbollah libanais : en mai-juin 2023, Israël a désigné 39 portefeuilles liés à lui, mais Tether n'en a bloqué que cinq, et les 34 autres sont restés ouverts jusqu'en février-mars 2024 ; dans l'intervalle, plus de 34,6 millions de dollars en Tether sont sortis de ces portefeuilles.
Blocage de 550 millions de dollars d'avoirs liés au pouvoir
En même temps que la publication du rapport du Sénat, Tether avait annoncé avoir participé en 2026 au blocage de près de 550 millions de dollars en Tether liés à la République islamique, dont plus de 344 millions de dollars sur deux adresses en mars-avril, que la société d'analyse de la blockchain TRM Labs a qualifiées de premiers portefeuilles de la banque centrale de la République islamique sanctionnés par l'OFAC, et plus de 130 millions de dollars sur quatre portefeuilles en juin-juillet.
Les estimations de TRM Labs montrent que le volume total des transactions en cryptomonnaies en Iran est passé d'environ 11,4 milliards de dollars en 2024 à environ 10 milliards en 2025, soit une baisse d'environ 12 %. Une baisse de 94 %, comme l'affirme Tether, ne serait compatible avec cette tendance que si une grande partie des flux d'argent du pouvoir s'était déplacée vers des actifs et des plateformes que Tether n'a pas le pouvoir de bloquer.

Pour contourner les sanctions et financer ses groupes supplétifs, la République islamique s'est appuyée sur un réseau de portefeuilles de cryptomonnaies qui est aujourd'hui sous la loupe du Sénat américain.

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