La vente de l'hôtel cinq étoiles Gravenbruch, près de Francfort, dont DIAR avait déjà rendu compte, a été la première cession complète de l'un des grands actifs d'Ali Ansari en Europe. Ansari, banquier sanctionné que le Trésor américain considère comme un « financier clé » d'un réseau d'actifs au profit de Mojtaba Khamenei, voit désormais ses biens en Allemagne et au Royaume-Uni vendus progressivement. La question centrale pour les Iraniens est de savoir d'où vient cet argent et où il va.
Selon l'évaluation des analystes de DIAR, cette affaire n'est pas seulement l'histoire d'un homme d'affaires en faillite. Le capital transformé en immeubles et en hôtels à Londres, Francfort et Chypre est sorti du système bancaire iranien, ce même système dont la population a payé les pertes par l'inflation et l'effondrement du rial.
De la banque Ayandeh à l'immobilier européen
Ali Ansari, également connu sous le nom d'Ali Akbar Ansari, était actionnaire de la banque Ayandeh. Après des pertes évaluées à plus de quatre milliards de dollars, la banque a été absorbée par la Bank Melli sur ordre du pouvoir et sa licence a été retirée. Le Trésor américain a sanctionné Ansari cet été, l'accusant d'avoir utilisé sa position à la banque Ayandeh pour accorder des prêts sans garantie et transférer des milliards de dollars tout en développant ses affaires à l'étranger. Selon le département, ses sociétés écrans et ses comptes bancaires sont répartis entre le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Luxembourg, l'Espagne et Chypre.
Le Royaume-Uni avait déjà sanctionné Ansari le 30 octobre 2025 pour avoir soutenu financièrement les activités des Gardiens de la Révolution (CGRI) : gel des avoirs, interdiction de voyager et interdiction de diriger une société. Ansari a rejeté toutes ces accusations, les qualifiant de politiques.
Une vente après l'autre
L'hôtel Gravenbruch, autrefois exploité sous l'enseigne Hilton, a cessé d'accueillir des clients et s'est déclaré en faillite après la fin du partenariat avec le groupe Hilton cet été. Le vendredi 31 octobre, l'administrateur judiciaire a confirmé sa cession au groupe immobilier Comer. Comme Ansari, en tant que copropriétaire, ne doit pas tirer profit de la vente en raison des sanctions de l'Union européenne, la transaction a dû être approuvée par l'Office fédéral allemand de l'économie et du contrôle des exportations.
À Londres, deux penthouses donnant sur le palais de Kensington, enregistrés au nom d'Ansari et achetés au total 35,75 millions de livres, ont été confiés à un administrateur après que le propriétaire n'a pas pu honorer les échéances de son prêt. L'un des deux appartements, acheté en 2016 pour 19 millions de livres, est aujourd'hui mis en vente à environ sept millions de livres de moins. Selon les informations disponibles, le gouvernement britannique a autorisé la vente, et le surplus restant après le remboursement des prêteurs demeurera gelé tant que les sanctions seront en vigueur.
Où va l'argent du peuple iranien
Dans cette chaîne, la part du peuple iranien n'apparaît nulle part. Les prêteurs privés récupèrent leur dû, les administrateurs perçoivent leurs honoraires, le personnel de l'hôtel touche ses salaires impayés, et le reste demeure sur des comptes gelés par les gouvernements européens. Aucun mécanisme ne permet de rendre un jour cet argent à ses véritables propriétaires : les déposants de la banque Ayandeh et la population qui a supporté ses pertes par l'inflation.
Selon l'évaluation des analystes de DIAR, les pertes de la banque Ayandeh ont été l'un des moteurs de la création monétaire et de l'inflation ces dernières années. Lorsqu'une banque affichant des pertes de plusieurs milliards de dollars est fusionnée dans une banque publique, le coût est répercuté sur les ménages par la planche à billets et la pression sur le rial. Dans le même temps, les actifs achetés en Europe avec ces mêmes ressources arrivent aujourd'hui sur le marché et passent à de nouveaux acquéreurs.
Une couverture éparse pour une affaire majeure
Malgré l'ampleur de l'affaire, sa couverture dans les médias persanophones hors d'Iran est restée éparse. Les principales enquêtes sur les biens d'Ansari ont été publiées par des journaux et des réseaux de journalisme d'investigation occidentaux, et leur écho dans les médias persanophones s'est surtout limité à de brèves dépêches. Une affaire liée à la fortune du dirigeant de la République islamique, aux pertes d'une grande banque et à l'inflation qui pèse sur la vie de millions d'Iraniens exige un suivi constant : la liste complète des actifs, le chemin de l'argent, le rôle des sociétés écrans et le sort du produit des ventes.
Les actifs d'Ali Ansari en Europe sont vendus sans aucun mécanisme pour restituer l'argent au peuple iranien.
Ce que cela signifie pour la révolution nationale
Pour la révolution nationale iranienne, cette affaire porte deux messages. D'abord, les sanctions ciblées contre le réseau financier du régime fonctionnent et ont bloqué ses actifs en Europe. Ensuite, sans suivi juridique, ces actifs risquent d'être dispersés avant qu'un gouvernement élu ne s'installe en Iran. Recenser précisément ces actifs et demander aux gouvernements européens de conserver le produit des ventes au profit du peuple iranien est un travail qui peut commencer dès aujourd'hui. DIAR continuera de suivre le dossier des actifs de la famille Khamenei et de ses proches.

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